J’ai grandi dans un atelier d’horlogerie. Lieu hors norme dans son rapport au temps et à l’espace. Temps de la patience et du geste minutieux.
Aujourd’hui, agencer la matière en tentant que chaque pièce trouve forme et place me semble une évidence.
Après un parcours professionnel dans la publicité et l’édition, je suis revenue à mes premières amours : la création d’objets.
Ma formation à l’École des Arts Décoratifs, m’a donné le goût de la pluridisciplinarité. Je change de médium et de procédé au gré de mes recherches. Marqueteries de papier, jeu pour enfant, mobile géant, papier-peints ou bas-reliefs, l'espace devient une partition dans laquelle j’élabore avec ludicité un alphabet de figures synthétiques.
Juste avant le confinement, j’entame un travail sériel sur des petites architectures oniriques que j’intitule FOLIES. On donne le nom de folies à un certain nombre d’asiles plus ou moins mystérieux, dans lesquels on va se cacher en prenant ses précautions pour être vu. Pendant la parenthèse obligée de la pandémie, je m’improvise un atelier dans une remise saturée de laines.
J’apprends la technique du tuftage avec des pistolets traditionnels indonésiens puis un tufting gun. La genèse des tapis muraux se développe comme une prolongation logique de mon travail et prend une place prépondérante dans ma création. J’étudie les procédés de teinture et met un soin particulier à associer mes couleurs et les textures de mes fils. Pas de tonte, je laisse le tapis brut, hirsute, dru ou doux selon la laine employée. Des jeux de moirures s’obtiennent en intercalant différentes douceurs de fils.
Souvenirs convoqués ou paysages rêvés, mes compositions se dessinent comme une formule poétique, un dialogue coloré et graphique qui me permet de retrouver le lieu d’une émotion.